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Vers la Laponie en VTT - Journal
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| Lachdenpochja | 26 juin 2005 | ||||||
Les russes ont aussi le sens de l'humour. Nous sommes en Carélie et nos hôtes nous invitent pour un petit déjeûner copieux après une nuit dans leur caravane. Nous apprenons que les Finlandais, Suédois et Russes se sont toujours disputé cette région pour... son climat. Quinze minutes plus tard, une averse magistrale nous glace le sang.
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| Finlande-Saarivaara | 28 juin 2005 | ||||||
Hier, montagnes russes: ca monte, ca descend, ca remonte, ca redescend. On utilise tous les plateaux à la fois. La route étroite contourne de gros rochers, la forêt vert foncé nous écrase. Aujourd'hui, les espaces s'ouvrent, la route se détache du décor. La frontière finlandaise, c'est le passage brutal de l'anarchie à la méticulosité. Pistes cyclables, routes impeccables, forêts gérées. Le moindre fagot de bois semble rangé. Le soir, paradis au bord d'un lac miroir où une dame nous invite à prendre un sauna juste avant de sauter nue dans le lac. Nous sommes tout propre dans un pays tout propre.
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| Ilomantsi | 29 juin 2005 | ||||||
J'aime entendre la pluie tomber sur la toile. J'aime comme on devient dans ce voyage. J'aime m'émerveiller devant tous ces beaux paysages que nous traversons. Elle. Dehors, les moustiques turbinent en continu. Il fait plus sombre. Fermons les yeux.
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| Lac Rukavesi | 30 juin 2005 | ||||||
Certains campements vous marquent plus que d'autres. La petite plage du lac Rukavesi est ponctuée de barbecues. Celui-ci possède même une grille et des troncs en guise de bancs. C'est l'idéal! Nous posons la toile juste à côté. Et pendant que phil s'éloigne, lancant sa ligne toujours plus loin, je décide d'allumer un grand feu. Une technique qui a fait ses preuves: bouts de papiers, brindilles, et quelques gouttes de cire. Me voilà bien avancée: le feu ne prend pas et ma bougie est consummée. Je saisi alors le briquet vide et le pousse doucement au milieu des rares flammes. Quand soudain... C'est l'explosion! Une flamme immense me projete en arrière, Philippe accourt. Plus de peur que de mal: côté droit de mon visage complètement rasé, cheveux crêpus, veste brûlée. Je m'écroule plus loin, l'oeil droit semi-clos, une odeur de cochon à la broche m'entoure! Phil, mort de rire, reprend paisiblement sa canne-à-pêche. Nous quitterons cet endroit maudit, le lendemain vers 15 heures. Non sans avoir chercher deux heures durant, au fond de l'eau glacée du lac, deux appâts que Phil a perdu après l'explosion. Et devinez qui s'mouille, qui s'mouille pas?
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| Lieksa | 01 juillet 2005 | ||||||
Eeva Mahanen, rencontrée quelques jours plus tôt au poste frontière Russie-Finlande alors que nous attendons patiemment la minutieuse vérification de nos visas et passeports. Inquiète, Eeva nous interpelle: "Any problem?". Aujourd'hui, nous atteignons Lieksa, petite bourgade située au bord du Lac Pielinen. Timidement, j'informe Eeva de notre arrivée par le ferry de demain soir... La spontanéité de ses "Welcome" répétitifs auront raison de nos hésitations face au prix excessif du transport. Et nous plantons la toile, tout discrètement, sur cette plage publique, à deux pas du port. Dehors, les voix s'éloignent peu à peu tandis que nous essayons d'imaginer demain... C'est beau... Mais nous. Poésie...
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| Juuka | 02 juillet 2005 | ||||||
Soudain comme un air de "vacances". Notre rythme s'interrompt... Koli: le ferry accoste. 40 kilomètres à peine nous séparent de Juuka. N'ayant pu préciser l'heure de notre arrivée à Eeva, je pédale fort, tandis que Phil, loin derrière, disparaît, réapparaît, au gré des montées et descentes de cette longue ligne droite. Juuka, et j'entends crier mon nom. Eeva est venue nous accueillir en bord de route. 66 ans, droite sur son vélo, elle nous guide jusqu'à... notre chambre, qu'elle s'empresse de nous indiquer à peine arrivés chez elle. Tout s'enchaîne. Nos attentes deviennent réalités. En face de nous, Eeva, attentionnée, nous tend les plats succulents. Esa, son époux, me marque par son doux silence. Et dans le sauna, les pierres brûlantes exaltent le parfum frais du fouet de feuilles vertes...
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| Koli | 03 juillet 2005 | ||||||
Plus tard, Eeva me confiera: "Esa n'aime pas sortir, et c'est parce qu'il se sent bien avec vous qu'il nous a emmenés au panorama de Koli ce dimanche." Ma gorge se noue. Emotion...
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| Juuka-Ileikkilantie 17 | 04 juillet 2005 | ||||||
Enfermé dans la chambre, Phil rédige son article pour O2 Bikers. Quant à moi, je passe de longues journées avec Eeva. Gelée de fruits rouges, tarte au fraises, salade de chou-pastèque-cornichons, petits poissons mijotés au porc, lakka, autant de préparations traditionnelles dont Eeva me livre les précieux secrets. Tard le soir, toujours au beau milieu de la cuisine et en attendant le sauna, Eeva m'apprend le tissage de paniers. Mes doigts se mêlent aux languettes d'écorce de bouleau...
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| Paalasmaa | 05 juillet 2005 | ||||||
La tour d'observation de Paalasmaa permet de contempler, à 360 degrés, toutes les collines, lacs et îlots de la région. Sous un ciel bleu, cela en vaut la peine. Eeva a décidé de nous y emmener mais seuls Phil et moi atteignons la plateforme. Explication aussitôt donnée: "Si je grimpe là haut et que je tombe, mon corps gira sur le sol, puis un ours viendra. Vous devrez alors transporter mon squelette à Juuka et vous ne savez pas conduire de voiture. Donc, vous serez bloqués ici avec seulement un demi litre d'eau. Donc, vous serez en danger. Donc, je ne pouvais grimper!" Rires!
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| Juuka-Ileikkilantie 17 | 06 juillet 2005 | ||||||
Phil est plongé dans ses écrits et moi dans mes seaux d'eau. Journée nettoyage vélos. Il était grand temps! Un événement couvert par la presse locale que Eeva a alerté l'autre jour, lors de sa réunion de pensionnés. Vendredi 15 juillet, l'hebdo de Juuka diffusera notre aventure...
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| Juuka | 07 juillet 2005 | ||||||
Derniers préparatifs avant de quitter demain. Déjà nos craintes de reprendre la route... Retrouver la solitude, et laisser toute cette chaleur derrière nous. Phil me regarde et on se dit: "Ca va être dur de partir!"
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| Lieksa | 08 juillet 2005 | ||||||
Loin de nos repères, secoués par le changement, nos émotions sont plus vives, plus intenses. Nos vélos sont fins prêts. Nous, pas vraiment, quelque part. Esa me sert dans ses bras, les larmes coulent sur mes joues. Et quans ce sera au tour d'Eeva qui nous accompagne à la sortie de Juuka à vélo, je m'effondre littéralement comme une enfant. "Don't look back, go!" me dit-elle en sanglots. Son visage est doux, sa peau très fine. Elle ne quitte plus mes pensées.
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| Réserve Anakainen-Lac Saarijarvi | 11 juillet 2005 | ||||||
Cela fait maintenant trois jours que nous sommes sur les pistes, explorant la splendide forêt finlandaise. Reliant trois réserves naturelles, nos guidons nos vélos sur les pistes sable et gravier qui nous rappellent certaines pistes africaines du côté de la Mauritanie et du Mali. Sur "le sentier de l'ours", la forêt nous entoure de partout et nos pneus se frayent parfois un chemin au travers des myrtillers. Ce soir, nous découvrons par hasard un refuge pour quatre personnes. Et soudain, deux VTT déboulent à nos côtés. Ces deux finlandais se jettent directement dans le lac, comme nous. Un peu blasés, ils décrivent leur pays comme une étendue plate avec des lacs. Quant à nous, même si tous les soirs, c'est toujours un campement-lac qui nous attend, le décor est toujours différent. Nous restons admiratifs face au paysage et le respect des habitants pour la nature nous impressionne. Cette harmonie nous semble exemplaire.
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| Aittokosken Silta | 12 juillet 2005 | ||||||
Avec Ari et Hanssi, on s'est bien juré ce matin de se retrouver à un campement à seulement 30 kilomètres pour une soirée crêpes au bord des rapides. Partis aux environs de 14 heures, c'est sous un soleil de plomb que nous empruntons la piste qui trace, parallèle semble-t-il, à leur itinéraire. Vers la fin, les montées où nous dérapons dans le gravier n'en finissent plus. Soudain, un panneau: "Interdiction d'aller plus loin sans permission, frontière russe." Je maudis ce pays! Demi-tour. Quelques heures plus tard, on finit par trouver le sentier que nos deux cyclistes ont emprunté. Mais malheureusement, il faut se résoudre, tout cela est trop touffu pour nos lourdes montures, même si le panneau indique le lieu de rendez-vous à seulement 6,5 kilomètres. Epuisés, décus, la toile semble la meilleure solution. Ca ne décourage pas Elena qui se met à se laver nue, les pieds dans la vase, à la dure, dévorée par ces nuées d'insectes qui débarquent. C'en est trop pour moi et je décide de m'enfermer "à double tour" dans la tente pour ne plus en bouger jusqu'au matin.
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| Tulijarvi | 13 juillet 2005 | ||||||
Ca y est, la débrouille a bien commencé. Ce matin, je tire de l'eau mon premier vrai brochet. Menu du midi: soupe chinoise et vermicelles - brochet braisé. Il y quelques semaines, partout dans la forêt, elle voyait des "masses brunes et noires". Aujourd'hui désespérée et résignée - elle ne verra plus d'élans - elle se rabat sur la recherche de fraises des bois en bord de route. Après s'être baignés tout nus dans ce lac chaud, Elena disparaît jusqu'à une heure du matin pour la cueillette des myrtilles... Menu du soir, enfin... de la nuit: porridge aux myrtilles acidulées.
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| Vers Liventiira | 16 juillet 2005 | ||||||
Tantôt une descente, impossible de semer ces abeilles, mes jambes ne "tournent" plus: c'est la piqûre! Tantôt une montée, mon corps se raidit sur les petits plateaux. Dans la monotonie de cette route pourtant très vallonnée, mes pensées s'égarent vers la Belgique: ma famille, nos amis. Quand soudain, j'apercois deux élans sur la route. Lentement, ils tournent la tête et me fixent. Loin devant, Phil a atteint le sommet de la côte et, regrettant déjà qu'il ne puisse les voir, je l'appelle... Mais les élans s'enfuient.
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| Liventiira | 17 juillet 2005 | ||||||
Minutieusement disposés à intervalles réguliers, les petits pots de pensées résument à eux seuls toute l'atmosphère et la chaleur de cette maison. Et puis toutes ces photos... Ritva parle tout bas. Elle raconte ses quatre enfants. Douceur des mots que je ne comprends pas, histoire que je devine un peu. Les petites touffes de mousse séchées décorent les triples vitrages. La nature est présente dans tous les recoins. Mes yeux observent et reviennent sans cesse sur cette tarte glacée aux fraises et ces petits pains briochés parfaitement disposés sur la table. Tout est beau, tout est blanc! Les petits cafés se succèdent, les heures aussi. Dehors, c'est la canicule, mais Heimo nous rassure:"plus que dix kilomètres de piste avant l'asphalte vers Suomussalmi." Je ne soupconnais pas autant de force dans les bras de Ritva quand elle me serre en m'embrassant. Impossible encore une fois, de retenir mes larmes...
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| Suomussalmi | 19 juillet 2005 | ||||||
Cela fait maintenant trois nuits que nous campons dans les parages de Suomussalmi, chaque fois à un endroit différent. Tout s'articule autour de cet hôtel du centre à l'internet gratuit. Nous y passons quelques heures par jour, communiquant avec le magazine O2 Bikers et notre ami Super Paco qui s'occupe de notre site. C'est grâce à lui également que nous voyons nos premières photos pellicules. Nous devons les sélectionner pour le magazine et notre site, très bientôt. Cette fois c'est réglé, nous pouvons partir...
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| Rivière Peranganjoki | 20 juillet 2005 | ||||||
Le voyage reprend ses droits. Nous avancons vers notre prochain point de chute: le domaine de Hossa. Devant nous, deux voitures ralentissent pour laisser passer... nos premiers rennes! On constate vite qu'ils n'ont pas peur de l'homme. Celui-ci semble même me saluer à mon passage. La route file pour, en fin de journée, se transformer en sentier de rando. Nous l'empruntons tant bien que mal, trop chargés pour ce genre de truc. Destination: un abri aménagé feu de camp vraiment perdu au bord d'une rivière charmante. Nénuphars, marais, et pêche nulle. C'est pas tous les jours dimanche!
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| Poussu | 22 juillet 2005 | ||||||
Quand les nuages s'amoncellent et que le vent se lève, ce lac est un véritable cinéma. On rêve. Et quand par-dessus tout, le lac recèle d'autres trésors voraces, mon plus gros brochet pêché jusque là, cela devient un véritable paradis. De quoi fêter nos quatre mois de route. Jamais mangé un truc pareil...
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